Publié le 12 février 2026–Mis à jour le 20 février 2026
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Symposium du CIFOR-ICRAF : Politiques forestières sensibles au patrimoine
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Les collaborations de longue date entre Marco Haenssgen (Université de Chiang Mai) et le CY PLACES Lab (Elisabeth Auclair, Anne Hertzog et Alessandra Manzini) ont joué un rôle central dans l’élaboration et l’avancement du cadre conceptuel des politiques sensibles au patrimoine et des pratiques patrimoniales du quotidien.
Ce symposium a marqué le deuxième événement d’une série internationale visant à stimuler un débat mondial sur la gouvernance forestière. Le premier symposium s’est tenu à l’Université de Chiang Mai, en collaboration avec le PLACES Lab (CY Cergy Paris Université). Un troisième symposium est prévu en Amérique latine, en partenariat avec le CIFOR–ICRAF et le groupe Governance, Equity and Wellbeing (GEW) dirigé par Anne Larson.
Plus de 100 chercheurs, décideurs politiques et universitaires autochtones se sont réunis à Nairobi, au siège du CIFOR-ICRAF, pour un symposium consacré à la gouvernance forestière sensible au patrimoine en contexte africain. L’événement a marqué la présentation des résultats du projet SPIRAL et le lancement de l’ouvrage Ecospiritual Practices in African Contexts par leDre Alessandra Manzini (PLACES Lab, CY Cergy Paris Université ; EUTOPIA SIF fellow). Les participants ont appelé à un changement de paradigme en matière de conservation, passant du modèle de « fortress conservation » (conservation excluante) à une gouvernance forestière relationnelle, inclusive et ancrée dans les réalités culturelles et spirituelles des territoires africains.
Les discussions ont souligné que les objectifs mondiaux de biodiversité « 30x30 » risquent d’échouer sans la reconnaissance des paysage s spirituels africains et du rôle central des Peuples Autochtones et des Communautés Locales (IP&LCs), qui protègent déjà une part significative des forêts les plus riches en biodiversité. Les résultats du projet SPIRAL, fondés sur une étude interculturelle de 72 sociétés à petite échelle, montrent que les pratiques bioculturelles et les lois coutumières (tabous, zones sacrées, restrictions d’usage) constituent des systèmes efficaces de gouvernance et de conservation à long terme.
En ouvrant le dialogue, l’organisatrice du colloque, la Dre Alessandra Manzini (PLACES Lab, CY Cergy Paris Université ; EUTOPIA SIF), chercheuse principale du projet SPIRAL, a évoqué les contraintes auxquelles sont confrontés les Peuples autochtones et les Communautés locales dans la gouvernance des forêts africaines.
Le projet SPIRAL a présenté les résultats d’une étude interculturelle portant sur 72 sociétés à petite échelle à travers le monde, dont 28 en Afrique et dans la diaspora africaine. En croisant cet ensemble de données avec l’Environmental Justice Atlas (ejatlas.com), la recherche a mis en évidence une forte corrélation entre la présence de valeurs de diversité bioculturelle associées aux forêts sacrées et la résistance communautaire aux activités extractives ainsi qu’à la marchandisation de la nature.
Les résultats démontrent en outre que les lois coutumières - telles que les tabous, les zones sacrées et les restrictions de prélèvement - fonctionnent comme des systèmes sophistiqués de gouvernance et de suivi, préservant la biodiversité depuis des siècles.
Le symposium a également mis en avant le potentiel des « Other Effective Area-Based Conservation Measures » (OECMs) pour reconnaître formellement la gestion des forêts sacrées par les communautés, tout en avertissant contre leur bureaucratisation et en appelant à une redistribution équitable des financements de la conservation.
En conclusion, les intervenants ont affirmé que la réussite des objectifs mondiaux de biodiversité exige une transformation profonde des politiques de conservation, fondée sur la reconnaissance des ontologies relationnelles forêt–société et l’intégration des savoirs écospirituels et coutumiers dans la gouvernance forestière.